3-5) Publier sur internet : les limites

Le droit d'auteur

          Les questions qui concernent les droits d'auteur et le respect de la propriété intellectuelle se posent avec acuité car Internet démultiplie les risques de copie, de diffusion illicite des œuvres et limite les possibilités de contrôle.

Quel sont les lecteurs ?

          Si les médias font souvent référence à l'Internet, la population concernée est encore réduite. Selon l'étude de Mediangles, on compte 1,3 millions d'internautes en France, au mois de mai 1998, 66% d'entre eux habitent en région parisienne et 72% sont des hommes. Selon l'étude de Computer Industry Almanac, il y aurait 54 millions d'américains connectés, 8 millions de japonais, 6 millions d'anglais, 4 millions de canadiens et d'allemands. Internet reflète les inégalités économiques : les internautes sont d'abord américains, européens puis asiatiques. L'Afrique et le Sud en général sont laissés pour compte même si quelques expériences sont menées, notamment dans le domaine de la formation à distance.

Les limites à la personnalisation

          L'utilisateur présélectionne des thèmes mais c'est surtout l'ordinateur qui, à l'aide "d'agents intelligents", analyse et modélise le comportement du lecteur. En fonction des centres d'intérêt, du temps passé sur tels ou tels articles ou types d'articles, le système va modifier la sélection, le type de contenu et même éventuellement la taille des articles proposés. Negroponte prévoit de pousser cette personnalisation plus loin encore en tenant compte par exemple de l'humeur du jour de l'utilisateur ou de pouvoir proposer une lecture de l'événement suivant ses convictions politiques.

          Ces idées sont intéressantes à la fois d'un point de vue technique mais aussi en terme de rapidité et d'efficacité d'accès à l'information. Mais c'est aussi l'avènement d'une nouvelle presse et d'un individu toujours plus centré sur lui-même. C'est la perte d'une certaine universalité de la presse. Le travail du journaliste, qui est de choisir, de hiérarchiser l'information et de la mettre en perspective, disparaît. Cette sélectivité peut engendrer un appauvrissement de l'esprit, et une grande indifférence aux problèmes de société.

Le confort de lecture

          La presse électronique utilise l'écran comme support de lecture. Les inconvénients sont nombreux. Soit la taille de l'écran est satisfaisante (17 ou 20 pouces) mais le support est fixe, soit le support est mobile mais la taille devient trop limitée. La fatigue oculaire est souvent un problème. Les industriels et chercheurs s'activent pour trouver des supports plus adaptés. Trois minutes de connexion suffisent pour télécharger une vingtaine d'articles. L'édition électronique en comporte une centaine soit 10% de la version papier. Des flashs spéciaux peuvent être également diffusés.

          La cyberpresse presse portable se développe, mais on peut s'interroger sur la qualité de l'offre éditoriale du fait de la taille réduite de l'écran : pas d'illustrations, peu ou pas de développements. Ces supports sont encore chers et restent des objets de luxe, d'un rapport qualité-prix discutable.

Quelle écriture ?

          Ce nouveau média a des contraintes et des possibilités qui nécessitent une nouvelle écriture, et les expériences sont encore trop récentes pour apporter une réponse satisfaisante.

          Il faut trouver un style d'écriture qui se traduise bien à l'écran et qui associe bien les différents médias. Pour Serge Guérin (1), "il semble que le passage à l'écran nécessite une écriture moins littéraire, plus proche de l'oralité. Les phrases doivent être plus courtes et il importe de rechercher un vocabulaire simple mais imagé. Les réseaux ayant une dimension internationale, les mots doivent pouvoir se prêter facilement à la traduction. (…) Le travail d'édition sur les niveaux de lecture (choix des titres, importance du chapeau, des sous-titres et des légendes demande une simplification de la présentation, car l'appréhension de la page sur écran réduit l'impact des titres". D'autres éléments sont à prendre en compte : le temps de chargement des pages qui peut détourner le lecteur, le cheminement est différent, moins facile que pour le journal papier malgré les liens hypertextes mais de nouvelles possibilités sont offertes avec des liens sur d'anciens articles par exemple. L'école supérieure de Journalisme (EJS) propose depuis quelques mois une formation "journalistes éditeurs de produits multimédias".

 (1) Note ce chapitre Serge Guérin, La cyberpresse, Hermès, 1996

Un excès d'information qui rend la fiabilité douteuse

          Si Internet est perçu par 75% des internautes comme un moyen d'en savoir plus plus vite sur ce qui les intéresse et que 59% des sondés se satisfont de pouvoir consulter plusieurs sources d'infos, un tiers trouve tout de même qu' "il y a trop d'informations disponibles".

          Sur Internet, une information peut être inexacte dès sa publication ( que ce soit par erreur ou par volonté délibérée de mentir) ; ou bien, même si elle est exacte lors de sa publication, du fait qu'elle ne porte pas de date et reste affichée comme au premier jour, rien ne permet de savoir si elle est rédigée depuis deux jours ou deux mois lorsqu'on la découvre en faisant des recherches sur le Web. L'information peut aussi être présente en plusieurs endroits quelquefois contradictoires. Dans ce cas, il faut savoir naviguer parmis la masse de données. Heureusement, certaines informations, comme un discours de ministre ou une interview, ne nécessitent pas de mise à jour particulière : après tout, un discours est un discours, et il est le plus souvent placé et maintenu sur un site tel qu'il a été prononcé. En revanche, il faut faire attention à la rubrique dans laquelle il est placé (information du jour ou archives), car un discours peut être dépassé.

          De même, les articles de journaux peuvent être utilisés tels quels comme référence si leur date est claire et récente. Le danger est en effet que des explications sur les caractéristiques d'un produit, ou l'interprétation de textes juridiques ne soient plus d'actualité.

 

 

 

Retour au sommaire

Retour au 3- Peut-on se passer de la presse écrite au profit d'internet ? 

 

 

Créer un site gratuit avec e-monsite - Signaler un contenu illicite sur ce site

×